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Un voyage dans le « microcosme » du Parc provincial Mont Carleton, au Nouveau-Brunswick.

Par Parcs NB Parks ;• Publié le October 27 2026 ;• Temps de lecture: 5 min

Les plus petits habitants du Parc provincial Mont Carleton, au Nouveau-Brunswick, constituent sa plus grande richesse.

Texte et photographies de Jenn Smith Nelson

Voir l'article original sur le site Canadian Geographic (en anglais seulement)

Il est facile de perdre la notion du temps au Parc provincial Mont Carleton, au Nouveau-Brunswick. La lumière automnale filtre à travers les étages de sapins, de bouleaux et d’épinettes drapés de lichens, tandis qu’une brise occasionnelle fait doucement tomber les feuilles jaunes. En baissant les yeux, on découvre un microcosme d’une étonnante complexité. Les troncs tombés, ramollis par des décennies de décomposition, abritent une mosaïque de lichens, de champignons et de jeunes pousses, tandis que les insectes disparaissent dans les fissures de l’écorce et la litière de feuilles mortes.

Le mont Carleton est réputé pour être le plus haut sommet des Maritimes, mais le parc se distingue également par l’extraordinaire richesse de son écologie. Le fort dénivelé de la montagne, peu commun dans l’est du Canada, crée une succession de zones climatiques et d’habitats qui se chevauchent, chacun abritant sa propre communauté de plantes et d’animaux. L’exploitation forestière y est interdite depuis la création du parc en 1969. Sa riche biodiversité témoigne donc, de façon bien vivante, de la manière dont une forêt prospère lorsqu’elle demeure relativement intacte.

« Le Mont Carleton fonctionne bien parce qu’il constitue encore un écosystème complet. Sa forêt comporte plusieurs étages et des arbres de différents âges, ce qui crée une multitude de petits habitats », explique Roland Chiasson, biologiste spécialiste des oiseaux et expert en apprentissage en plein air.

Chiasson compare les arbres à des bibliothèques, dont les étagères verticales sont distinctes, mais se chevauchent. Dans cette perspective, la forêt peut être imaginée comme une bibliothèque où différentes espèces occupent leurs étagères préférées. Au sol, les réseaux de champignons décomposent les matières organiques, notamment les troncs d’arbres tombés, les branches, les feuilles et les animaux morts. À mesure que ces matières se décomposent et retournent au sol, des nutriments auparavant inaccessibles sont libérés et remis en circulation vers les étages supérieurs de la forêt. Ce qui semble être de la décomposition est en réalité un processus de régénération. Les bactéries, les champignons et les microorganismes sont les architectes de la forêt.

Il y a ensuite les lichens. Des touffes de barbe de vieillard (Usnea) pendent aux branches des conifères, tandis que les lichens des rennes, dont les ramifications délicates ressemblent à de minuscules bois de cervidés, forment de vastes tapis spongieux sur le sol forestier. Dans les peuplements de feuillus et les forêts mixtes, de larges lobes feuillus de lobaire pulmonaire s’accrochent aux troncs et aux branches.

Les lichens ne sont pas des organismes uniques, mais plutôt des associations symbiotiques entre des algues ou des cyanobactéries et différents champignons. Ils apparaissent là où l’air, l’humidité et le temps se rencontrent. Millimètre par millimètre, ils se développent sur les rochers, les troncs tombés, l’écorce et les branches. En absorbant la lumière et les gaz, les lichens jouent également le rôle d’archives naturelles, conservant des traces des tendances à long terme de la qualité de l’air.

« Les lichens sont des indicateurs sensibles de la qualité de l’environnement », explique Stephen Clayden, lichénologue, botaniste retraité et ancien conservateur du Musée du Nouveau-Brunswick, qui poursuit ses recherches sur les lichens du Mont Carleton. Grâce à l’abondance de lichens à longue durée de vie, le parc constitue un milieu de référence sain auquel on peut comparer les forêts davantage perturbées.

Les insectes participent eux aussi à cette circulation verticale de l’énergie, la transportant d’un étage à l’autre, du sol forestier jusqu’à la cime des arbres. Plus de 5 000 espèces d’insectes ont été répertoriées dans le parc, notamment le papillon porte-queue à queue courte, qui vit près des sommets, ainsi que le bourdon bohémien, une espèce peu commune dont les populations sont en déclin. De nouvelles espèces continuent d’y être découvertes.

« La diversité des insectes révèle le nombre de niches écologiques [des habitats qui répondent aux besoins d’espèces particulières] qu’une forêt possède réellement », explique Chiasson.

Les forêts simplifiées, souvent issues de coupes à blanc ou de plantations, abritent généralement moins d’espèces d’insectes. Lorsque les niches écologiques disparaissent, les populations d’insectes diminuent, ce qui peut entraîner des répercussions en cascade, notamment une réduction de la diversité des oiseaux.

Chiasson considère les oiseaux comme des espèces qui réagissent aux changements plutôt que comme celles qui les provoquent.

« Les oiseaux réagissent aux changements qui se produisent dans les niveaux inférieurs de l’écosystème », explique-t-il. « Lorsque les oiseaux disparaissent, c’est rarement la cause du problème : c’en est plutôt la conséquence. »

Le Mont Carleton présente une diversité d’oiseaux exceptionnellement élevée pour cette partie de la province, grâce à son statut de territoire protégé et à la variété des habitats créés par les différences d’altitude.

Occupant des niches verticales relativement prévisibles, ces fameuses « étagères » à l’intérieur des arbres, les oiseaux recherchent leur nourriture là où ils trouvent facilement de quoi se nourrir et s’abriter.

Par exemple, différentes espèces de parulines privilégient différents étages de la forêt. Au Mont Carleton, les parulines couronnées occupent l’étage inférieur, soit le sol forestier, tandis que les parulines à gorge orangée et les parulines tigrées préfèrent respectivement les étages intermédiaires et supérieurs.

La protection des forêts intactes au Nouveau-Brunswick représente depuis longtemps un défi, particulièrement parce que l’industrie forestière constitue l’un des piliers de l’économie provinciale.

Actuellement, seulement environ 10 % du territoire de la province est protégé, bien que le gouvernement se soit engagé à atteindre 15 % d’ici 2027 et élabore un plan visant à doubler cette proportion.

Le Mont Carleton se trouve au cœur d’un réseau potentiel de conservation dans le centre-nord du Nouveau-Brunswick, mais les coupes à blanc s’étendent encore jusqu’aux limites du parc.

Il est facile d’admirer les sommets, les forêts et les lacs du Mont Carleton, mais ses plus petits habitants racontent une histoire tout aussi importante.

Des champignons aux lichens, en passant par les insectes, d’innombrables organismes souvent négligés contribuent au maintien des écosystèmes qui nous entourent.

Il suffit de regarder d’un peu plus près pour les découvrir.



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